12ème enseignement du chemin

31.03.2016

12ème enseignement du chemin : ce chemin est un long dialogue avec soi-même ... À marcher seul pendant des heures, on dialogue avec tout son être ... Avec son corps, qui nous envoie en permanence de multiples messages... Je parle avec mes cellules et je leur demande de puiser l'énergie dont elles ont besoin dans le prana qui nous entoure, celui de la Terre et de l'Univers... Je les rassure et je les encourage, mais je constate vite qu'elles s’accommodent très bien de 2 fruits par jour et du rythme auquel je marche, que ce n'est pas du tout un motif d'inquiétude pour elles, et que au contraire, cette frugalité leur donne un regain d'énergie... Je dialogue aussi beaucoup avec mon mental qui lui, par contre, me joue un autre air... La peur de manquer...Le lien très émotionnel à la nourriture... tout cela replace les aliments en première ligne... Ça tergiverse...ça argumente... rien n'est simple et c'est un travail de longue haleine... Mais je ne désespère pas car souvent, il est en veilleuse... et là... c'est mon âme qui me parle... Comme si chaque pas me reconnectait au Divin, les idées et les inspirations viennent... subtiles ou plus évidentes... D'ailleurs, c'est souvent en chemin que me vient l'inspiration des messages que je vous écris...

 

Le samedi de Pâques, c'est la fête à Pamplune ! Les ruelles sont gavées de monde... Ça boit et ça mange dans la rue dans un brouhaha indescriptible jusque.... tôt le matin ;-). L'avantage, c'est qu'au moins, je ne me sens pas seule dans ma minuscule chambre d'hôtel, tellement ça va et vient dans les couloirs... J'en viens même à me dire que la nuit aurait été plus calme dans un dortoir de 40 personnes... c'est le comble ;-) ! J'ai du mal à trouver mon rythme en Espagne... A 6h du matin, les dortoirs commencent à s'animer et on est mis dehors des auberges à 8h au plus tard... Du coup, en général à 15h, on est arrivés à l'étape suivante. Ça brasse à tous les étages, pas possible de s'isoler, difficile de lire... je ne parle même plus de yoga... Et j'ai pas vraiment envie de parler ampoules ou autres réjouissances, qui sont les sujets de conversation n°1 de la plupart des pèlerins... Ni d'aller boire des canons, qui est l'occupation n°2... ;-) En fait, à ne pas être seule une minute, je me sens très seule... et décalée par rapport aux autres... Je me dis que s'il fait beau, je vais traîner le plus possible en chemin, seule dans la nature, pour arriver plus tard à l'auberge... Au moins, je pourrai lire ou méditer tranquille...ou juste profiter de ces magnifiques paysages que je traverse et écouter les oiseaux qui s'en donnent à cœur joie, en ce moment...

 

Sur le chemin, je croise vraiment tous types de marcheurs... Certains qui font la moitié de l'étape en marchant et l'autre moitié en taxi... D'autres qui font livrer leurs énormes valises d'une auberge à l'autre, et qui marchent tout légers... D'autres encore qui marchent en groupe avec leur musique à fond ...! Ou alors qui ne ratent surtout aucun bar sur le parcours ;-)... Le chemin reflète bien la diversité de la vie, quoi !

 

Ici, manger sain est un véritable challenge... Le chemin est jalonnė de distributeurs automatiques de junk-food. Les bars regorgent de tapas tous plus riches et gras les uns que les autres. Hier, j'entre dans une "Alimentacion"pour m'acheter une pomme. Surprise, dans ce magasin, il n'y avait QUE des bonbons et des gateaux à l'unité, un nombre incalculable de chips en tous genres, enfin TOUT ce qu'il faudrait éviter de manger !! Devant moi, un couple bien enrobé passe en caisse avec un énorme sachet de mélange de tout ça. Au fond de moi, je suis émerveillée de voir la résilience du corps humain face à la maltraitance... Je quitte la Navarre pour la Rioja, et c'est sous un beau soleil et par un temps printanier que j'arrive à Logroño. Il y fait 22 ° et je lézarde aux terrasses des cafés... Je le paierai cher en repartant ce matin : à 8h du matin, orage et pluie diluvienne... ! En moins de 15 minutes, je suis trempée de la tête aux pieds, et frigorifiée. Pendant plus de 2h, j'avance sous des trombes d'eau et avec un vent de face glacial. Lorsque le vent faiblit et que je me réchauffe à peine, je me fais l'effet d'un homme-grenouille qui sort de l'eau et marine dans son jus... J'avais prévu de marcher 30 km mais après 13 km, je craque... Je capitule et je décide que j'en ai assez bavé pour aujourd'hui. Je viens de vivre la pire journée depuis mon départ de Genève... Dans le bar où je trouve refuge, la TV montre des images d'inondations en Galice... On me dit que c'est justement vers Compostelle... J'espère juste que ce n'est pas un avant goût des printemps arrosés que connaît bien cette région d'Espagne.

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